Le Grand Indicateur (première partie)

Le Grand Indicateur est un oiseau d'Afrique qui se nourrit de cire et d'abeilles. Depuis la préhistoire, il guide les chasseurs de miel jusqu'aux ruches sauvages si bien camouflées. Cette entente mutuelle entre l'homme et l'animal est la plus vieille connue à ce jour. Le peuple Hadza, derniers chasseurs cueilleurs d'Afrique, perpétue la tradition. Ensemble, suivons le vol d'un Grand Indicateur sur les plaines du serengeti, à la recherche de miel.

Le Grand Indicateur (première partie)

20/11/2016

  • Arthur Grossmann

  • Les sources du miel

Paroles d'éric Tourneret

Propos recueillis parArthur Grossmann

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             En Tanzanie, à l’ombre du cratère du Ngorongoro, à l’est du lac Eyasi, vit un peuple de chasseurs-cueilleurs : les Hadza. Leur mode de vie, libre et précaire, est un vestige des temps préhistoriques. Il y a 10000 ans, les humains ignoraient l’heure et la semaine, ne connaissant que la lune et le soleil, ils ne se mariaient pas pour toujours, n’avaient ni culture, ni bétail, ni abri permanent, ils étaient nomades, et sont aujourd’hui encerclés. Leur territoire est une réserve. Les cultivateurs de mais et d’oignons au nord, de blé au sud, les directives gouvernementales visant à les intégrer au dispositif, à les éduquer, à les former à la modernité… Leur monde est menacé. Ils ne sont plus qu’un millier à parler la langue Hadzane qui ne ressemble à aucune autre, originelle, isolée, avec ses accents sablonneux et énergiques, ses claquements de langue comme des déglutitions avortées. Les Hadza sont les derniers des premiers hommes.

Certains d’entre eux partent pour les exploitations alentours afin d’y être employé comme ouvriers agricoles. Ils deviennent sédentaires, besogneux, obéissant, et font d’excellents alcooliques ; ils voudraient oublier à quel point le monde que les anciens leur ont transmis est devenu une pièce de musée, enfermée dans une cage de verre à la vue des touristes qui se déplacent jusqu’ici pour revoir une dernière fois homo-sapiens, comme on vient en visite au chevet d’un aïeul. Parce que c’est absurde, il faut le dire, de déplacer son village une fois l’an d’une plaine à l’autre, de transmettre un vieux langage de père en fils, de chasser le miel le matin, pour recevoir des cars de chinois ou d'américains l’après midi, et théâtraliser sa vie, répéter pour quelques dollars les chants sacrés et les danses rituelles, en faire une mascarade, une pièce attachante et démodée, superflue…  

Malgré tout, il faudra bien passer par le folklore pour donner aux Hadza de l’audience. J’en ai pour preuve que si peu de gens connaissent le rugby, le monde entier connaît le Haka néo-zélandais. Les costumes, les danses, les incantations… Voilà une première couche de peinture pour nous représenter une culture, et la garder en mémoire. Pourtant, l’histoire qui vous sera contée ici a peu de témoins, quelques scientifiques tout au plus, des reporters, des vagabonds. Accordez moi votre imagination, je vous invite à la chasse. 

Depuis des millénaires, les Hadza chassent le miel sauvage pour se soigner, se nourrir et l’échanger entre clans, contre d’autres denrées. Pour le chercher, ils se déplacent en groupes restreints, armés d’un arc et d’une torche. Ils arpentent à pieds les forêts sèches, les rivages du lac salé Eyesi, peut-être même les remparts de la vallée du grand rift, plus à l’est.

 

Ils attendent un cri d’oiseau.

 

Le soleil se lève sur les pistes fauves du Serengeti. Discrètement, trois hommes quittent le village en direction de la vallée du rift. Derrière eux, une vieille mère renverse une goutte d’eau dans le sable, tandis qu’ils s’éloignent en comparant joyeusement leurs armes. Le temps d’une chasse, entrons dans la peau d’un jeune Hadza qui ne porte pas de nom…

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